Les stoïciens et Spinoza

Ceux qui ont rapproché Spinoza et les Stoïciens

Une généalogie intellectuelle de l’immanence et de la joie

Le rapprochement entre Spinoza et les Stoïciens traverse l’histoire de la philosophie. De nombreux penseurs ont vu dans ces deux traditions une même manière d’habiter le réel : sans transcendance, sans providence, mais avec une confiance profonde dans la raison, la joie et l’immanence.

1. Gilles Deleuze

Deleuze est sans doute celui qui a le plus puissamment rapproché Spinoza des Stoïciens. Dans ses ouvrages, il montre que Spinoza reprend l’intuition stoïcienne d’un monde entièrement immanent, et rapproche les deux traditions sur les affects, la puissance d’agir et la logique du corps. Pour lui, Spinoza est « le Christ des philosophes », et les Stoïciens en sont les ancêtres naturels.

2. Pierre Hadot

Hadot souligne la proximité entre les exercices spirituels stoïciens et la pratique de la joie active chez Spinoza. Les deux traditions proposent une conversion du regard : passer de la passion à la lucidité, de la dispersion à l’accord avec la Nature.

3. Émile Bréhier

Bréhier montre que la substance unique de Spinoza et le Tout vivant des Stoïciens expriment une même intuition : le réel est unifié, rationnel et immanent. Spinoza apparaît alors comme le continuateur moderne d’une cosmologie stoïcienne.

4. Gueroult et Matheron

Ces commentateurs soulignent la proximité entre les affects actifs spinozistes et les émotions droites stoïciennes, ainsi que la parenté entre la liberté comme compréhension et la liberté comme consentement au réel.

5. Michel Foucault

Dans ses derniers cours, Foucault rapproche les techniques de soi stoïciennes et la pratique de la joie active chez Spinoza. Il voit dans les deux traditions une éthique de la transformation de soi fondée sur la lucidité et la maîtrise des affects.

6. Le courant contemporain

Des philosophes comme Frédéric Lordon, Chantal Jaquet ou Barbara Stiegler articulent la puissance d’agir spinoziste avec la discipline stoïcienne pour penser la joie, la liberté et la politique. Spinoza devient alors un stoïcien moderne, fidèle à l’immanence.

« Spinoza est souvent lu comme l’héritier le plus cohérent du stoïcisme, mais dans un monde sans Providence, entièrement immanent. »

Les deux traditions se rejoignent sur la joie, la liberté, la raison, l’unité du monde, la transformation des affects et la vie en accord avec la Nature.

Références bibliographiques

  • Deleuze, Gilles. Spinoza. Philosophie pratique. Minuit, 1981.
  • Deleuze, Gilles. Logique du sens. Minuit, 1969.
  • Hadot, Pierre. Exercices spirituels et philosophie antique. Albin Michel, 2002.
  • Hadot, Pierre. La philosophie comme manière de vivre. Albin Michel, 2001.
  • Bréhier, Émile. Chrysippe et l’ancien stoïcisme. Presses Universitaires de France, 1951.
  • Gueroult, Martial. Spinoza I : Dieu. Aubier, 1968.
  • Matheron, Alexandre. Individu et communauté chez Spinoza. Minuit, 1969.
  • Foucault, Michel. L’herméneutique du sujet. Gallimard/Seuil, 2001.
  • Lordon, Frédéric. Capitalisme, désir et servitude. La Fabrique, 2010.
  • Jaquet, Chantal. Les transclasses ou la non‑reproduction. PUF, 2014.
  • Stiegler, Barbara. Il faut s’adapter. Gallimard, 2019.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Manuel de Survie Philosophique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture